iPhone Duo : on surveillait la charnière, c'est l'écran qui s'use

La charnière encaisse l'équivalent de trois ans d'ouvertures sans faiblir, mais le pli de l'écran passe de 48 à 167 microns en trois mois d'usage simulé. On remet ces chiffres à l'échelle, on fait le point sur ce que disent les tests presse, et sur les deux données qu'Apple refuse toujours de publier.

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Depuis l'annonce, tout le monde surveillait la charnière. C'était la mauvaise pièce. Les premiers tests indépendants de l'iPhone Duo sont sortis cette semaine, l'appareil est en vente depuis le 23 octobre, et ils disent tous la même chose : le mécanisme encaisse sans broncher, c'est l'écran qui s'use. On revient sur ce que ces tests mesurent vraiment, et sur ce qu'ils ne peuvent pas dire.

1. D'abord, de quoi on parle

Les chiffres qui circulent depuis quelques jours sont en microns, et ça ne parle à personne. Un micron, c'est un millième de millimètre. Pour se repérer : une feuille de papier fait environ cent microns d'épaisseur, un cheveu entre cinquante et soixante-dix. On est donc dans de l'infiniment petit, mesuré au scanner de surface, pas à l'œil nu.

Même chose pour les pliages. Les testeurs annoncent des dizaines de milliers de cycles, ce qui ne veut rien dire tant qu'on ne le ramène pas à un usage réel. En comptant une trentaine d'ouvertures par jour, ce qui est déjà beaucoup, 3 000 pliages représentent environ trois mois, 10 000 pliages un peu moins d'un an, et 30 000 pliages à peu près trois ans. C'est l'échelle à garder en tête pour la suite.

2. La charnière a tenu

C'était la pièce la plus surveillée, c'est elle qui s'en sort le mieux. Joanna Stern, du Wall Street Journal, a fait fabriquer un robot baptisé « Hingy » qui a plié l'appareil en boucle pendant quatre nuits : 32 640 pliages, soit l'équivalent de trois ans d'usage. À l'arrivée, la charnière demande un peu plus de force à l'ouverture qu'au premier jour. Elle se raidit, donc, au lieu de prendre du jeu, et la journaliste dit ne rien sentir à l'usage normal.

Tim Pan a poussé dans une autre direction : 10 000 pliages en machine, puis 1 000 de plus dans un congélateur à −20 °C, pour voir si le froid change quelque chose. Verdict identique côté mécanique, la charnière en titane imprimé en 3D garde son geste d'origine (Android Authority). Aucun des deux tests n'a rien cassé.

3. Le pli, lui, se creuse

C'est là que ça devient intéressant. HTX Studio a scanné le relief de la dalle avant et après 3 000 pliages, soit trois mois d'usage simulé (Notebookcheck) :

  • sur un appareil neuf, le creux du pli mesure 48 microns. Moins épais qu'un cheveu, donc invisible dans la plupart des éclairages ;
  • après 3 000 pliages, on passe à 167 microns. L'équivalent de deux ou trois cheveux empilés, ou d'une feuille et demie. À ce stade le doigt le sent en glissant sur l'écran ;
  • les pliables concurrents passés au même protocole arrivent au même niveau, un à égalité, un légèrement devant ;
  • un modèle plus ancien, gardé comme point de comparaison, affichait 350 microns, soit plus du double.

Tim Pan arrive au même constat sans instrument de mesure : à peine visible à la sortie du carton, la pliure devient franchement perceptible au bout de 10 000 cycles, et la finition nano-texturée ne la masque plus (Digital Trends). La formule d'Apple, « quasiment imperceptible », vaut donc pour un appareil neuf. Ensuite elle s'atténue, dans les mêmes proportions que chez les concurrents.

Un détail qui compte pour la suite : Apple ne vend aucun film de protection pour l'écran interne, et n'a publié aucune consigne à ce sujet (The Mac Observer).

4. Ce que disent les tests presse

Les essais complets, publiés le 22 octobre, tombent tous à peu près au même endroit : c'est le pliable le plus abouti du marché, et c'est un produit de première génération (9to5Mac). Tom's Guide parle du « pliable le mieux conçu que j'aie testé », tout en regrettant l'absence de téléobjectif à 2 000 dollars. CNET estime qu'Apple « a réussi son atterrissage », avant d'ajouter que « la plupart des gens n'ont pas besoin d'un téléphone qui fait aussi tablette ».

Les réserves portent sur le format et sur la maturité logicielle. The Verge y voit « un appareil de première génération à tous les égards », cher, parfois agaçant, mais attachant comme le sont les produits d'avant-garde. Daring Fireball trouve l'écran externe trop étroit et résume l'ensemble en « prototype extraordinairement abouti ». Wired et Joanna Stern conseillent plutôt d'attendre la deuxième génération, plus légère, et sans doute équipée de Face ID et d'un téléobjectif.

5. Les détails qu'on ne voit qu'à l'usage

Certaines choses ne se repèrent pas sur une scène de keynote. Elles sont sorties dès la première semaine de test :

  • l'antenne sans contact n'est que dans un volet, ce qui rend le paiement acrobatique quand l'appareil est ouvert ;
  • il n'y a pas d'écouteur interne : ouvrir le téléphone pendant un appel bascule le son sur le haut-parleur ;
  • en usage intensif, la surface grimpe d'environ deux degrés, surtout du côté de la puce ;
  • plier très lentement fait parfois basculer ou disparaître un élément d'interface pendant une seconde ;
  • les applications pas encore adaptées restent à l'étroit sur le grand écran, ce qui devrait se résorber au fil des mises à jour.

6. Côté production, ce qui a changé

On savait déjà que les précommandes étaient parties en quelques minutes et que les délais filaient jusqu'au 25 janvier (voir l'article sur la rupture de stock). Deux éléments nouveaux depuis. D'abord un chiffre industriel : le rendement d'assemblage final plafonnerait un peu au-dessus de 60 % (36Kr). Autrement dit, près de quatre appareils sur dix sont écartés en fin de chaîne, et il faudrait six mois à un an pour revenir à un régime normal.

Ensuite, les objectifs bougent. DigiTimes affirme qu'Apple a relevé sa cible sur douze mois de 9,7 à 14 millions d'unités (Business Today), là où d'autres reprises parlaient d'une hausse de commandes plus prudente. Les estimations extérieures pour 2026 restent, elles, autour de 6 millions (AppleInsider). Apple ne confirme rien de tout ça.

7. Ce qu'Apple ne dit toujours pas

Un mois et demi après l'annonce, la fiche technique ne donne toujours ni nombre de cycles garantis, ni profondeur de pli. Ce sont pourtant les deux seuls chiffres qui permettraient de comparer le Duo à ses rivaux sur une base commune (comme on le relevait déjà en septembre). Résultat : les seules données publiques viennent de YouTube.

Il faut donc les prendre pour ce qu'elles sont. Pas de protocole de laboratoire, pas de données brutes publiées, un seul exemplaire testé à chaque fois. Cela dit, les trois tests racontent la même histoire, et elle se tient : une mécanique solide, une dalle qui marque avec le temps, comme partout ailleurs dans la catégorie.

Ce qu'il faut retenir : sur les trois inconnues de septembre, deux ont une réponse. La charnière encaisse l'équivalent de trois ans d'ouvertures. Le pli se creuse à l'usage jusqu'à rejoindre la moyenne du marché. Quant à la demande, elle dépasse largement ce qu'Apple arrive à produire. Reste la question que les tests accélérés ne peuvent pas trancher : l'état de l'écran après un ou deux ans de poche, de poussière et de vraies températures. Pour ça, il faudra attendre les retours des premiers acheteurs.

Sources

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Moustoifa Moumini

Développeur iOS et visionOS

Plus de dix ans à construire des apps iOS, des expériences Vision Pro et des jeux sous Unity et Unreal. J’écris ici sur ce qui bouge chez Apple, en réalité mixte et en IA, vu par quelqu’un qui code avec au quotidien.

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